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Les années 20 : le monde des objets

Les objets

Peinture

Nature morte, Composition à la feuille

1927

L’année 1927, Léger peint de nombreuses natures mortes comportant des motifs de feuilles souvent confrontées à d’autres objets : bouteilles, encriers ou fruits. Très ornementales, ces peintures révèlent les formes végétales et leur donnent une vie indépendante. "Tous les objets les plus humbles ont une valeur décorative" souligne le peintre. L'essor des sciences modernes, avec les techniques de la radiographie ou du microscope, donnent à voir les objets familiers sous l'angle d'un réalisme nouveau. Léger compose cette nature morte dominée par une silhouette de feuille au centre de la composition en utilisant comme au cinéma le principe du gros plan. Les bruns et les noirs découpent en profondeur l'espace autour des objets qui semblent rayonner sur la toile.   Fernand Léger, Nature morte, Composition à la feuille, 1927, huile sur toile, 130,7 cm, 97,5 cm, musée national Fernand Léger, Biot. Photo : RMN-GP / Gérard Blot © ADAGP, Paris, 2021.

Nature morte, Composition à la feuille

Peinture

Nature morte, ABC

1927

Dans les paysages urbains peints par Fernand Léger dans les années vingt, les lettres, pictogrammes et enseignes rendent compte du langage synthétique des outils de communications modernes, adaptés à la vitesse des transports et du rythme de vie. Les trois premières lettres de l'alphabet, ABC, peuvent être interprétées comme une vision condensée de ce langage nouveau qui se doit d'être bref et percutant. C'est aussi une référence au nom d'un music-hall parisien fréquenté par les artistes. ABC peut enfin être lu comme une dédicace « A Blaise Cendrars », poète et ami de Léger qui écrit dans la revue l'ABC du cinéma et fait l'éloge à la publicité : « la publicité est la plus belle expression de son époque, la plus grande nouveauté du jour, un Art ». Léger partage cet engouement et invente pour cette œuvre une typographie spécifique. Le A est en perspective tronquée, le B est plus statique, quant au C, il se referme sur une imbrication de formes géométriques placées en second plan. ABC signale le renouvellement du genre de la nature morte par l'introduction de lettres isolées, souvent privées de leur sens, symbole de la perception fragmentaire de la vie moderne. Don de Daniel-Henry Kahnweiler, 1973 Musée national Fernand Léger Inv. MNFL 97030   Fernand Léger, Nature morte, ABC, 1927, huile sur toile, 65 x 92 cm, musée national Fernand Léger, Biot. Photo : RMN-GP / Gérard Blot © ADAGP, Paris, 2021.

Nature morte, ABC

crayon sur papier

Mains et ciseaux

1929

Les ciseaux, les clés, le compas comme la main sont les outils indispensables à la création. Ces objets participent à une recherche élaborée par Léger pour les affranchir du support conventionnel de la table, des lois classiques convenues pour les natures mortes. L'artiste procède lentement en observant toutes les poses possibles qui mettront l'objet en valeur. Ici, la main retient encore les ciseaux avant que ne s'opère complétement son autonomie dans l'espace. Les détails précis, les effets de volumes accentuent l'objectivité du dessin, le souci de « fini » du peintre, tandis que le fragment répété du compas élargit en profondeur l'ensemble de la composition dessinée d'un trait subtil. Donation Nadia Léger et Georges Bauquier, 1969 Musée National Fernand Léger Inv. MNFL 97003   Fernand Léger, Mains et ciseaux, 1929, crayon sur papier, 28,2 x 22,2 cm, donation de Nadia Léger et Georges Bauquier, musée national Fernand Léger. Photo : RMN-GP / Gérard Blot © ADAGP, Paris, 2021.

Mains et ciseaux

Peinture

La Joconde aux clés

1930

La Joconde aux clés est l'aboutissement de plusieurs années de travail consacrées par Léger à dispenser les objets dessinés ou peints du support traditionnel. « J'ai pris l'objet, j'ai fait sauter la table,  j'ai mis cet objet dans l'air, sans perspective, sans support. J'ai dispersé mes objets dans l'espace et je les ai faits tenir entre eux en les faisant rayonner en avant sur la toile. Tout un jeu facile d'accords et de rythmes fait de couleurs de fond et de surface, de lignes conductrices, de distances et d'oppositions, quelquefois de rencontres insolites. » Lorsque Marcel Duchamp a crayonné moustache et barbiche sur l’image de la Joconde de Léonard de Vinci en l’affublant des lettres L.H.O.O.Q, il a conduit une remise en cause des critères esthétiques qui conduisent à la définition de ce qui est de l’art ou ce qui ne l’est pas. Cette Joconde moustachue est à l’origine de la remise en cause du statut de l’art au XXe siècle. Renouveler la peinture, moderniser le sujet sont des préoccupations essentielles pour Léger qui reprend à son compte une Joconde reconvertie au goût du jour : « j'avais fait sur une toile un trousseau de clés. ...Il me fallait quelque chose d' absolument contraire aux clés...qu'est-ce que je vois dans une vitrine? Une carte postale de la Joconde ! J'ai compris tout de suite: c'est elle qui me fallait, qu'est-ce qui aurait pu contraster plus avec les clés? Comme ça j'ai mis sur ma toile la Joconde. Après j'ai ajouté aussi une boîte de sardines. Cela fait un contraste aigu/ C'est un tableau que je garde, je ne le vends pas. » Léger refuse la monotonie et les nuances. L’image défraîchie de la Joconde imprimée sur le calendrier ou sur une carte épinglée est équivalente aux clés, compas et tire-ligne, objets de son quotidien. A rapprocher la Joconde à des clés, ce collage intellectuel peut paraître surréaliste. Léger y fait certainement allusion, la charge symbolique de chaque motif est importante : la clé ouvre le paradis, elle donne le pouvoir, ouvre la voie initiatique. La Joconde de Léonard de Vinci est sans doute l’œuvre la plus connue au monde. Trésor universel, chef-d’œuvre, symbole suprême de l’expression artistique, la Joconde est une référence à la Renaissance, au génie de son créateur. L'image de la Joconde, idole déchue, banalisée sur de nombreux objets publicitaires, chromos de bazar, souvenirs d'une visite au Louvre, est bien plus intéressante pour Léger : Mona Lisa reproduite sur le calendrier rivalise aujourd'hui avec les objets industriels du monde moderne.  Le peintre distribue sur la toile judicieusement les rôles en plaçant au premier plan les clés, la forme abstraite reléguant la Joconde au second plan. Les lignes tracées à la règle ou au compas, le ruban curviligne, la boîte de sardines, les surfaces nettes et les flous picturaux amplifient les contrastes et vident La Joconde de son contenu.   Fernand Léger, La Joconde aux clés, 1930, huile sur toile, 91 x 72 cm, donation de Nadia Léger et Georges Bauquier, musée national Fernand Léger. Photo : RMN-GP / Gérard Blot © ADAGP, Paris, 2021.

La Joconde aux clés

Peinture

Nature morte

1930

Cette nature morte est significative de l'art de Léger qui tend vers un réalisme de conception qu'il oppose au réalisme visuel lié à l'imitation et à l'illusionnisme. Combinant les objets vus par  fragments, le peintre redéfinit les règles de la perspective scindant en deux le tableau pour répartir de part et d'autre des rapports contraires de formes et de couleurs. Il suggère l'idée d'un buste, du  fourreau d'une pipe et pour parfaire l'illusion des volumes, les clés semblent traverser une forme orange aux courbes féminines. La confrontation de ces éléments hétéroclites est dotée d'une forte intensité plastique. Mais la rigueur des plans successifs est atténuée par l'animation de rubans sinueux et par l'ambiguïté des formes souples, ouvertes à de multiples interprétations. Don de Paul Rosenberg, Dépôt du musée national d'art moderne, Centre Georges Pompidou, Paris  AM 2650 P   Fernand Léger, Nature morte, 1930, huile sur toile, 146 x 97 cm, musée national Fernand Léger, Biot. Photo : RMN-GP / Gérard Blot © ADAGP, Paris, 2021.

Nature morte