1948-1985
Le retour en France
Les objets
Peinture
Le Cirque bleu
1950
Le Cirque bleu et La Danse, peints pour un théâtre londonien qui ne put les payer, furent vite rendus à l’artiste qui les conserva jusqu’à sa mort. Le Cirque bleu représente une acrobate sur son trapèze, sous le faisceau d’un projecteur. L’atmosphère nocturne est soulignée par la présence d’une lune au milieu à droite, à la fois de face et de profil. Plusieurs figures hybrides participent à la scène : en haut à gauche, un poisson volant, animal chagallien traditionnel, jette, d’une main sortie de son flanc, un bouquet de fleurs. A droite, un coq musicien joue de la grosse caisse. En bas du tableau, un grand cheval vert, couleur de l’amour chez Chagall, complète la représentation.. Construits autour de la diagonale du rayon de lumière, le mouvement de l’acrobate et les rapports des masses colorées forment un cercle au centre du tableau : rouge du vêtement de l’acrobate, vert du cheval, jaune de la lune, dégageant un vide central, sans motif qui suggère une pause silencieuse au milieu du spectacle bruyant du cirque. Marc Chagall, Le Cirque bleu, 1950, huile sur toile, 232,5 cm x 175,8 cm, Musée national d'art moderne - Centre de Création industrielle, Centre Georges Pompidou, en dépôt au musée national Marc Chagall. Photo © RMN-GP / Gérard Blot © ADAGP, Paris, 2025.
Peinture
La Danse
1950
La Danse, au contraire, avec sa lumière solaire, évoque un moment trépidant par le jeu de deux diagonales croisées formées par la figure du danseur rouge et la silhouette féminine en vert. Les couleurs sont volontairement stridentes et les formes acérées du haut du tableau, rayons de lumière, cornes du danseur, feuilles des ornements végétaux autour de sa tête, accentuent l’impression de dynamisme violent. En haut à droite, Chagall s’est représenté au chevalet. Le tableau qu’il peint représente un Christ en Croix, soulignant le caractère sacré de la danse . Il étreint un coq rouge, symbole de vitalité et de créativité, qui met en lumière le rôle du peintre. La ronde de jeunes filles tout en bas insiste sur la dimension sacrée et peut être une allusion à la danse de Marie, sœur de Moïse, pour célébrer la sortie d’Egypte. Construits sur des diagonales et sur l'usage des couleurs fondamentales, bleu, rouge, jaune, et le vert, ces deux œuvres opposent l’atmosphère nocturne et mystérieuse de l’un à l’atmosphère dynamique et solaire de l’autre. Légende : Marc Chagall, La Danse, 1950, huile sur toile, 238 cm x 176 cm. Musée national d'art moderne - Centre de Création industrielle, Centre Georges Pompidou, en dépôt au musée national Marc Chagall. Photo © RMN-GP / Gérard Blot © ADAGP, Paris, 2022.
Peinture
La traversée de la mer Rouge
1955
Après une première représentation dans les gouaches de la Bible, en 1931, qui semble en fixer la mise en scène, ce sujet est traité à de nombreuses reprises par Chagall. C'est le thème de la grande céramique composée de 90 carreaux dont il décore le baptistère de l'église Notre-Dame de Toute-Grâce à Assy où il suit de très près le modèle de la gouache. C'est encore le cas ici : le peuple hébreu en rang serré, guidé par un ange, s'engage dans le passage ouvert d'un geste impérieux par Moïse, debout sur la gauche. La nuée évoquant la présence divine qui accompagne les Hébreux et la vague se refermant sur Pharaon et son armée sont confondues dans une masse blanche au centre du tableau. La violence des poursuivants est rendue visible par la couleur rouge, et l'agitation des personnages par le désordre de leurs membres en tout sens. La forme la plus achevée de cette scène figure dans Moïse et le buisson ardent, l'un des tableaux du Message Biblique. Légende : Marc Chagall, La traversée de la mer Rouge, 1955, huile sur toile, 216,5 cm x 146 cm, Musée national d'art moderne - Centre de Création industrielle, Centre Georges Pompidou, en dépôt au musée national Marc Chagall. Photo © RMN-GP / Gérard Blot © ADAGP, Paris, 2020.
Peinture
Les Pâques
1968
Malgré le titre à connotation chrétienne, le tableau fait allusion aux cérémonies de la Pâque juive, ce qui explique son atmosphère sombre. La composition, caractéristique des dernières années de l’artiste, s’articule autour de violentes taches de couleur dans un déséquilibre voulu. Dans la partie basse où dominent le noir et blanc, est évoquée la nuit dramatique qui voit la mort des premiers-nés d'Egypte, sauf ceux des Hébreux, dans un paysage qui cependant rappelle les villages russes de la jeunesse de Chagall. La mise en scène du repas de Pâques est reprise de celle des gouaches de la Bible, de 1931, elle-même inspirée d'une Haggadah du XVe siècle. Deux grandes figures traversent la partie supérieure, au-dessus des toits : un ange, sans doute manifestation du divin qui souffle la mort, et une tête de chèvre, symbole protecteur du foyer, éclairé de jaune, également couleur du divin. Légende : Marc Chagall, Les Pâques, 1968, huile sur toile, 160,3 cm x 159,5 cm, Musée national d'art moderne - Centre de Création industrielle, Centre Georges Pompidou, en dépôt au musée national Marc Chagall. Photo © RMN-GP / Gérard Blot © ADAGP, Paris, 2020.
Mosaïque
Le prophète Elie
1971
Après la Seconde Guerre mondiale, par un goût nouveau et parce que d'importantes commandes publiques lui arrivent, Chagall se tourne vers des œuvres monumentales. Il vient de terminer la grande mosaïque de la faculté de droit de Nice, Le message d’Ulysse (11m de long) quand il entreprend d’enrichir le musée d'une nouvelle mosaïque, consacrée au prophète Elie, enlevé au ciel sous les yeux de son disciple Elisée. La composition met l’accent sur les formes rondes, des plus petites, les roues du char d’Elie, à celle de l’orbe qui entoure le personnage central, jusqu'à la forme ovale du zodiaque périphérique. Le choix du sujet, adapté à la dimension première, biblique, du musée, fait preuve du syncrétisme de Chagall. Il a, en effet, visité lors de ses voyages en Israël, les ruines des synagogues des premiers siècles de notre ère. Celles-ci ont été décorées, dans ces époques particulièrement attirées par les images, de pavements ornés de motifs empruntés à l’iconographie romaine, comme le zodiaque entourant le char du soleil. Celui-ci est ici remplacé par le char d'Elie. Sur le zodiaque, au milieu à droite, Chagall s’amuse, pour illustrer le thème des Gémeaux, à représenter ses deux petites-filles, des jumelles. La mosaïque, réalisée alors que Chagall est âgé de plus de 80 ans, est exécutée par le mosaïste Lino Melano sous la surveillance vigilante de l’artiste. Les tesselles, les petits cubes qui composent la mosaïque, mêlent les pierres aux coloris subtils pour le fond et la pâte de verre pour les motifs colorés. Marc Chagall, Le prophète Elie, 1971, mosaïque, 715 cm x 570 cm, musée national Marc Chagall, Nice. Photo © RMN-GP / Gérard Blot © ADAGP, Paris, 2024.